Vous avez l’heure ?

Rares sont les visiteurs à la remarquer pourtant son emplacement au-dessus de l’entrée saute aux yeux. Pourtant, elle trône là depuis cinq siècles… L’horloge de Chillon, est-ce que cela vous dit quelque chose ?

Samuel Metzener

Une commande bernoise

C’est l’une des plus anciennes horloges vaudoises ! La peinture de son quadrant remonte aux environs de 1540. Réalisé par l’horloger André de Morges à la demande des Bernois – nouveaux maîtres du Pays de Vaud qu’ils avaient conquis quelques années auparavant – le mécanisme qui la fait fonctionner est mené jusqu’à Chillon en bateau et installé dans la tour carrée orientale de la forteresse en 1543.

Pour animer les aiguilles, les Bernois font percer la façade extérieure et passer un arbre de transmission. À la même hauteur mais de l’autre côté du mur, formant comme un négatif, un second quadrant avec aiguilles est tracé. Destiné à faciliter l’entretient de l’horloge sans jouer les équilibristes risquant de se briser le cou, c’est un témoignage fabuleux du travail des artisans de l’époque.

L’ensemble est réellement terminé en 1583 quand une cloche est placée dans les combles de la tour. La maîtrise du temps permettait aux Bernois de montrer leur prestige et leur richesse aux habitants de la région en rendant leur présence (pour ne pas dire leur domination) audible loin à la ronde. Signe de son importance, le corps de bâtiment où elle se trouve finit par prendre son nom et devenir « la tour de l’horloge ».

Une ultime modification est faite au cours du 18e siècle, quand l’écusson de Berne est ajouté à la peinture murale du quadrant pour parvenir au résultat que nous voyons encore aujourd’hui.


Mécanisme de 1543 (c)Alan Grinberg

Une pièce du patrimoine vaudois

Heureusement, l’histoire de cette horloge ne s’arrête pas après le départ des Bernois. En 1897, Albert Naef, le premier archéologue en chef du canton de Vaud, réalise que le mécanisme est endommagé et pratiquement hors d’usage. Il contacte un horloger de Granges-Marnand du nom de Louis Crot pour créer une nouvelle horloge. L’artisan travaille d’arrache-pied et livre la commande la même année. Le fruit de son labeur est installé à la place d’origine.

Un peu plus d’un siècle après leur mise en fonction, le nouveau mécanisme a hélas fini par rendre l’âme durant l’été 2017. Le remettre en fonction nécessiterait une restauration lourde estimée à plusieurs dizaines de milliers de francs, selon Maud Jenni Hédiguer, muséographe et responsable des collections au Château de ChillonTM.

En attendant, l’ancien mouvement du 16e siècle est conservé avec ses contrepoids le long du parcours de visite, non loin de son emplacement originel. C’est un vestige important de l’artisanat suisse de la Renaissance. Quant à la cloche bernoise, elle demeure dans les combles de la tour, attendant patiemment de pouvoir à nouveau sonner pour les visiteurs, ainsi que les habitants de Veytaux et des environs.


Mécanisme de 1897 (c)Cristian Bortes

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